Le sentiment de solitude au travail est devenu un véritable enjeu de ressources humaines, affectant particulièrement la jeune génération.
Selon l'Association américaine des psychologues, 45 % des jeunes travailleurs se disent affligés par cet isolement et déplorent un manque de relations professionnelles significatives. Si certains experts attribuent ce phénomène aux conséquences de la pandémie ou à une vision utopique du milieu de travail, l'utilisation précoce des réseaux sociaux est souvent pointée du doigt. Habitués aux interactions numériques, les jeunes auraient développé moins d'habiletés sociales en personne, une lacune qui fragilise le soutien entre pairs, pourtant crucial pour la rétention et la santé psychologique au travail.
«On a un jeune homme sur trois de l'âge de 30 ans et moins qui dit avoir eu une relation amoureuse avec un compagnon, et c'est une jeune femme sur quatre du même groupe d'âge.»
L'experte en ressources humaines Annie Boilard souligne par ailleurs l'impact grandissant de l'intelligence artificielle sur l'effritement des relations interpersonnelles.
Contrairement aux agents conversationnels utilitaires (comme ChatGPT), les « Companion AI » (ex. : Replika) sont programmés spécifiquement pour simuler la présence, relancer la conversation et combler le vide affectif. Aux États-Unis, 72 % des adolescents auraient déjà utilisé un de ces compagnons virtuels, et près d'un tiers des jeunes hommes (30 ans et moins) admettent même entretenir une relation romantique avec une IA.
Pour contrer ce déclin des interactions humaines, Boilard suggère de miser sur le mimétisme intergénérationnel : les employés plus expérimentés, possédant des compétences sociales naturelles, doivent verbaliser et modéliser leurs comportements pour guider leurs plus jeunes collègues dans la création de liens de confiance au travail.
On peut en savoir davantage sur www.reseau-annie.ca
Écoutez l'entrevue avec Annie Boilard, présidente du réseau Annie RH, au micro de Mathieu Locas.