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Révolution Pichon?

Révolution Pichon?VICTOIRE* Notre culture soccer
Marinette Pichon

Meilleure buteuse de l’histoire des Bleues et véritable pionnière du soccer féminin, Marinette Pichon s’amène à Montréal avec la conviction qu’on lui connaît et qui a si largement contribué à faire d’elle une icône du sport à travers le monde.

Ses ambitions avec l’Association régionale de soccer du Lac St-Louis ne sont pas moins modestes que son parcours exceptionnel : elle souhaite décupler les perspectives d’avenir des footballeuses et footballeurs de la région, qui sont trop souvent contraints d’abandonner le soccer lorsqu’ils atteignent la vingtaine, faute de débouchés…

Rencontre avec un monument du football féminin.

C’est le premier matin frisquet de septembre. Pour la première fois depuis plusieurs mois, on a dû se résoudre à enfiler un coton ouaté…

Marinette en porte un aussi, non à contrecœur. La vérité c’est qu’elle a déjà hâte à la neige, nous avoue-t-elle…

« George [Tissot, le directeur général de l’ARS du Lac St-Louis] m’a promis de la neige ! Il m’a dit qu’à Montréal, rien n’est certain à part, bien sûr, la mort... et la neige en hiver ! » nous lance-t-elle en rigolant.

À la blague, on lui précise que le premier hiver est effectivement souvent charmant, mais que c’est le deuxième qui détermine si l’on est assez brave pour rester !

Depuis la mi-juillet, Marinette Pichon vit à Beaconsfield avec sa femme et son fils à une quinzaine de minutes du complexe sportif de l’ARS du Lac St-Louis.

Pour l’instant, sa famille s’y plait bien, explique-t-elle, particulièrement son fils bien qu’il doive s’adapter à une nouvelle vie scolaire.

« C’est une deuxième jeunesse pour lui. Ça a l’air de bien se passer à l’école. Il est content. Il est déjà autonome et prend le bus seul tous les matins. Nous, on a l’impression d’être dans les films ! Le voir quitter dans un bus scolaire jaune, vraiment, on se croirait dans un feuilleton américain ! » s’exclame-t-elle en riant. 

« C’est une deuxième jeunesse pour lui. Ça a l’air de bien se passer à l’école. Il est content. Il est déjà autonome et prend le bus seul tous les matins. Nous, on a l’impression d’être dans les films ! Le voir quitter dans un bus scolaire jaune, vraiment, on se croirait dans un feuilleton américain ! » s’exclame-t-elle en riant.

Marinette Pichon

Source: VICTOIRE* Notre culture socce

Source: VICTOIRE* Notre culture soccer

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Au-delà du projet professionnel qui l’a attirée à Montréal, la recordwoman affirme avoir été séduite par l’ouverture culturelle du Canada, la tranquillité des gens et, surtout, la culture sportive qui existe au pays.

« Ici, les gens font du sport tous les jours ! N’importe quel bout d’herbe, ils vont aller se poser, faire du sport, taper dans un ballon ou se lancer la balle. S’approprier comme ça un petit terrain, c’est tellement naturel ici. Ça me semblait être le bon endroit et, surtout, les bonnes personnes pour m’embarquer dans un tel projet. »

Le directeur général de l’ARS est premier à l’admettre : la venue de Marinette Pichon est une chance inouïe et un énorme coup de pouce pour le développement du soccer montréalais et québécois. Il est également bien conscient que le destin de Marinette aurait très bien pu l’emmener sous d’autres cieux, l’ex-internationale française ayant reçu plusieurs offres de clubs de Ligue 1 et de Nationale pour prendre un poste de manager.

Seulement, et elle insiste, aucune de ces propositions ne l’emballait autant que l’idée d’occuper un poste d’entraîneuse de l’autre côté de l’Atlantique.

 « Pour venir ici, j’ai tout quitté en France. Les médias, mon travail, mes amis, ma famille. Tout ça pour tenter une nouvelle aventure, pour me sentir déracinée. […] J’en ai parlé avec ma femme et on s’est dit que si on était pour se déraciner, autant vivre une aventure unique, à la fois sur le plan humain et professionnel. »

Un retour plutôt qu'une arrivée

Marinette Pichon ne vit peut-être que depuis deux mois à Montréal, elle dit ne pas se sentir si désorientée.

C’est qu’elle n’en est pas à sa première aventure nord-américaine…

Au tournant du millénaire, la footballeuse a marqué les esprits en devenant la toute première Française à traverser l’Atlantique pour rejoindre le championnat féminin des États-Unis, faisant du même coup d’elle la toute première footballeuse française à devenir « 100% professionnelle ».

Aujourd’hui, elle veut bâtir sur l’expérience qu’elle a acquise au cours de ses années sur la côte Est américaine pour renforcer le programme Sport-études que chapeaute l’ARS, l’un des principaux mandats que lui a d’ailleurs confiés l’association.

« Mon aventure aux États-Unis a été une étape charnière dans ma vie. Elle a été déterminante dans ma carrière et elle a largement contribué à construire le caractère que j’ai aujourd’hui, nous raconte-t-elle. La barrière de la langue, l’éloignement familial, le manque de repères, les cercles de copains à reconstruire… C’est une phase que je connais mieux et dont je peux maintenant plus apprécier les défis. »

« Je ne serais pas là aujourd’hui, à l’ARS Lac St-Louis, si mon aventure étrangère ne s’était pas aussi bien passée et ne m’avait pas autant donné le goût de revenir. » - à mettre en exergue

En 2002, Marinette Pichon fait effectivement ce qu’aucune autre joueuse française n’avait fait avant elle. Elle gagne l’Amérique et s’engage avec le Philadelphia Charge qui évolue alors dans la Women's United Soccer Association (WUSA).

La pionnière ne le cache pas, c’est le niveau du championnat américain qui a motivé sa traversée.

« À l’époque, il y avait deux ou trois équipes en France qui étaient correctes. Et les neuf derrières, c’était du flan ! » nous lance-t-elle avec son franc-parler habituel.

« C’est aux États-Unis que tu retrouvais les meilleures joueuses au monde ! Évidemment, il y avait des joueuses américaines issues des rangs universitaires, mais il y avait aussi beaucoup de joueuses étrangères, allemandes, anglaises et suédoises. Elles venaient toutes ici parce que c’est ici où le niveau était le plus élevé, ici où le jeu était le plus dense. »

C’est d’ailleurs aux États-Unis qu’elle fait la découverture du « public intergénérationnel », une découverte, dit-elle, qui viendra plus tard raffermir son envie de retourner en Amérique du Nord.

« Voir des femmes, des grand-mères, des grands-pères et des parents partager ce moment avant, pendant et après le match, c’est formidable ! Et le management avait une attitude conséquente et complètement différente de celle que l’on retrouve en France. »

« En Europe, on te dit de rester dans ton match, de ne pas parler aux gens, de ne pas te laisser déconcentrer… Alors que la méthode américaine de l’époque c’était : "Va ! Va ! Va prendre tout ça, tout ce support, tout ce soutien, tout ce bonheur et reviens gonflée à bloc dans les lockers. Ça a vraiment été une découverte pour moi. »

Offrir un tremplin à la jeunesse

Jusqu’ici la question demeure… Comment la prolifique marqueuse qui a inscrit 81 buts en 112 matchs internationaux avec la France peut-elle réellement contribuer à l’avancement du soccer à Montréal et, plus largement, au Québec ? Devrions-nous nous attendre à une ‘révolution Pichon’?

« Réformer ? Non. Je ne suis pas là pour réformer, nous répond sèchement Pichon.  Je ne suis pas là pour mettre mes pieds dans les trucs de l’association et dire qu’on va tout changer. D’abord, parce qu’il y a des choses qui fonctionnent très bien ici, et puis, parce que ce n’est pas ma façon de faire. »

Plutôt, la nouvelle recrue de l’ARS compte s’attaquer à un problème de fond : la désillusion de nombreux produits du Lac St-Louis qui, « après avoir terminé les cycles de l’ARS et du Sport-études, n’ont pas de passerelles, pas d’infrastructures et donc pas de perspectives à long terme dans la continuité du développement de leur jeu. »

« Nous, moi, le staff, ce qu’on veut faire c’est se servir de notre expérience et de nos réseaux, et mettre en place des passerelles qui permettront à ces jeunes femmes et ces jeunes hommes d’envisager du long terme et d’aller plus loin. Que ce soit à l’Impact, que ce soit dans les universités canadiennes, les universités américaines, que ce soit en France, en Espagne… qu’on puisse les accompagner, qu’on puisse leur offrir des perspectives plus lointaines plutôt que de se dire qu’à 17-18 ans, c’est terminé. »

« Le potentiel ici, il est juste gigantesque. Et la volonté du Lac St-Louis et de Soccer Québec est d’aller rencontrer, fidéliser et offrir l’accès au soccer à toutes ces jeunes femmes et tous ces jeunes garçons pour qu’ils montent en compétence. » - à mettre en exergue

D’ailleurs, Marinette Pichon dit estimer le modèle sportif américain parce qu’il offre à ses passionnés « un double projet ».

« Choisir l’option du sport et des études, c’est croire à 100% à son rêve, mais c’est aussi être intelligent dans sa gestion de carrière. Une blessure peut arriver à n’importe quel moment. Tu ne peux pas estimer à 16, 17 ou 18 ans que tu vas devenir joueuse ou joueur professionnel. C’est se dire que s’il arrive un événement qui freine ou anéantit ta carrière de joueur, il y a une ressource à côté qui te permet de continuer d’apprendre, de te développer, de t’instruire… Et ça, c’est important. La force de ce soccer québécois et canadien, c’est ça ! »

« L’idée c’est vraiment de s’assurer que le foot soit une option viable et qu’elle permette d’offrir un double projet aux sportifs, qu’il soit scolaire et sportif ou professionnel et sportif. »

Enfin, Marinette Pichon ne cache pas qu’elle souhaite tout particulièrement contribuer à la progression du soccer féminin à travers la province. Et ses moyens pour y parvenir ne sont pas moins nombreux.

« En plus d’entraîner les girls élites du Sport-études, on va mettre en place des camps Marinette Pichon à travers le Lac St-Louis pour offrir et accompagner le développement notamment des attaquantes », nous apprend-t-elle.

« Malheureusement, ça a péché à la Coupe du monde. Christine Sinclair n’était pas à son meilleur niveau et le Canada n’avait pas d’autres buteuses sérieuses. Moi, j’ai un vécu, un savoir-faire et un savoir-être qui me permet de proposer des camps. On va donc offrir ça aux filles qui ne sont pas licenciées du Sport-études pour leur permettre de venir nous rencontrer et voir comment elles peuvent monter en compétence. »

« Ensuite, il y a mon académie qui devrait aussi voir le jour ici, à Montréal, dès l’année prochaine si tout se passe bien. Elle existe déjà en France depuis deux ans et elle est pérenne. Ça va permettre à plein de jeunes Québécois de découvrir le haut niveau pendant une semaine et, qui sait après, peut-être leur donner l’envie d’atteindre ce plateau. »

Drainville PM
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